Sonnet 73 — En moi tu vois la fin de l’automne
En moi tu vois cette saison de l’année
où des feuilles jaunes, ou aucune, ou quelques-unes, pendent,
sur ces branches qui tremblent contre le froid,
stalles nues et ruinées où naguère chantaient de doux oiseaux.
En moi tu vois le crépuscule d’un jour,
qui, après le couchant, s’efface à l’occident,
bientôt repris par la nuit noire,
second moi de la Mort, qui scelle toute chose dans le repos.
En moi tu vois la faible lueur de ce feu,
couché sur les cendres de sa propre jeunesse,
comme sur le lit de mort où il devra expirer,
consumé par cela même qui l’avait nourri.
Tu le vois, et ton amour en devient plus fort,
aimant davantage ce que tu devras bientôt quitter.
La triple anaphore « En moi tu vois » est conservée pour conduire le regard jusqu’au retournement final. bare ruin’d choirs devient « stalles nues et ruinées », afin de préserver l’allusion architecturale et musicale. leave ere long garde le sujet explicite « tu », tandis que « ce que » laisse ouvert le référent de l’objet aimé.